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Loïc Lorent: « Le CPE est déjà un mythe » 11 février 2009

Filed under: Texte/Analyse/Etude — Steven Jambot @ 00:48
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En juin 2007 sortait « Votre jeunesse » (éd. J.-P. Bayol), chronique des grèves étudiantes de 2006 inspirée du déroulé des événements au sein de l’université Toulouse-Le Mirail. Loïc Lorent, l’auteur, était invité de Frédéric Taddéi dans l’émission « Ce soir ou jamais », mardi 10 février 2009. Voici une interview datant de novembre 2007.

Ce qui suit a été écrit en novembre 2007 :

Loïc Lorent, doctorant en histoire contemporaine, a tenu au jour le jour un journal du blocage de son université réputée à gauche. Son témoignage ne précise jamais précisément le lieu de l’action et ne donne jamais le nom des acteurs en présence. « Ce n’était pas nécessaire. Ce qui s’est passé à l’université du Mirail est presque universel. » Les événements décrits ne se sont pas tous passés au Mirail mais par exemple : « les salles de cours souillées d’excréments que je décris ne sont pas des inventions de ma part, il en a été ainsi à Toulouse, mais aussi à Rennes. » Ce récit au vitriol de l’occupation, des manifestations, des assemblées générales étudiantes n’épargne personne. Cette description est le prétexte d’une critique globale de la jeunesse française et de sa perception par la société. L’auteur ne se reconnaît pas dans la révolte d’une certaine jeunesse qui est pourtant de sa génération. Faire un inventaire exhaustif des éléments qui selon lui plaident pour une dégénérescence de la jeunesse française serait impossible. En faire une synthèse serait également périlleux, tant le style pamphlétaire de l’ouvrage, la dénonciation sans concessions qui le caractérisent empêchent de trouver une réelle cohérence dans son raisonnement. On a assez peu parlé de cet ouvrage dans la presse. Un article dans Marianne et un dans le Figaro, rien de plus. Six mois après parution, Loïc Lorent confie ne pas avoir eu de « retours » de la part de l’administration de l’université ou des syndicats étudiants, « c’est l’avantage d’être publié par un petit éditeur ». Seules « quelques personnes se sont faites passer pour moi lors de prises de parole à la tribune en Assemblées générales ! ».

Mythologie des luttes étudiantes

Concernant la mobilisation actuelle, Loïc Lorent mêle histoire et sociologie : « ce qui se passe en ce moment c’est du mimétisme. C’est une sorte de tradition : tous les ans il faut faire sa petite révolution. Et on sait très bien qu’il faut toujours un prétexte. » Pour bien commencer, certaines luttes passées s’érigent en mythe : « 1968 est le mythe parfait, et le CPE est déjà un mythe ». Il n’y a donc pas qu’un seul motif de soulèvement mais une agrégation de mécontentements : « De toutes les façons on voit bien qu’en assemblées générales après avoir débattu pendant une heure et demi du sujet phare de la mobilisation on en vient au SIDA en Afrique, la faim dans le monde, ou on demande la destitution de Nicolas Sarkozy comme dernièrement au Mirail ». Loïc Lorent sonne ainsi la charge d’un gauchisme latent : « Si on faisait un sondage aujourd’hui dans les universités, 80% des étudiants seraient contre la loi de réforme des universités [LRU, ndr], mais par là-même contre l’État, contre le libéralisme, etc ». Pour lui, les blocages d’universités, à l’instar de ce qui se passe sur les campus toulousains sont le fait d’une minorité dotée d’une « idéologie en kit » : « ceux qui organisent les mouvements sont souvent depuis longtemps à la fac, ce sont ceux qui font des masters en 7 ans et des doctorats et 12 ou 13 ans ». Il déplore le suivisme de certains : « Seuls 5% à 10% des étudiants qui participent aux mobilisations sont informés et politisés, les autres sont là pour faire la fête, se prendre pour des petits Che Guevara et fumer des joints, c’est plus sympa ».
Six mois après la parution de son livre, Loïc Lorent accepte l’autocritique : « si je devais réécrire ce livre cette année, je serais à la fois plus dur et moins catégorique. Moins catégorique à propos des journalistes qui sont moins tendres avec les bloqueurs cette année car ils se font virer des AG et ont compris qu’elles n’étaient pas représentatives. Je serais par contre plus dur avec les bloqueurs et les anti-blocage. La chansonnette sur le vote à bulletin secret par ces derniers est assez laçante ». Car s’il y a une chose que Lorent porte au crédit des étudiants-grévistes, c’est qu’« en engageant une vraie lutte, ils vont sur le terrain politique mais aussi physique. » Aussi, en jeune de droite, il n’hésite pas à souhaiter « une attaque frontale contre une certaine idée et un conformisme ambiant ». De quoi ramener le calme sur les campus !

Sur le plateau de « Ce soir ou jamais », Loïc Lorent n’a pas changé d’un poil dans ses idées.

 

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